Il y a quinze ans à Singapour… le Crashgate de Renault

Singapour ne l’oubliera sans doute jamais. Alors que la cite-insulaire l’attendait depuis de nombreuses années, la première édition de son Grand Prix en 2008 fut marquée par une drôle d’affaire de triche dont elle n’imaginait absolument pas être le théâtre. La course avait en plus déjà initialement un double caractère historique. C’était en effet le 800e Grand Prix de la Formule 1, et le premier en cinquante huit ans d’histoire à se dérouler de nuit. Ce ne sera finalement pas ce pourquoi il est entré dans la postérité.

Pour comprendre les contours du crashgate, il convient en effet d’abord de se replonger dans le contexte sportif de l’époque. On est en 2008, après une saison d’exil du côté de chez McLaren où il s’est fait quelque peu surprendre par la fougue du jeune Lewis Hamilton, Fernando Alonso est revenu chez Renault, avec qui il a été champion du monde en 2005 et 2006. L’écurie française, elle, rêve à nouveau de grandeur mais comprend rapidement que ce ne sera pas pour cette année. Le losange n’a plus gagné depuis 2006 et entend plus que tout renouer avec la victoire pour sauver les meubles et relancer une dynamique positive. Le problème ? C’est qu’à Singapour, sur la grille, les Renault d’Alonso et de Nelson Piquet Jr sont respectivement 15e et 16e sur la grille. L’histoire semble mal embarquée et pourtant, l’impossible va se produire.

Crashgate

Pendant qu’Alonso rentrait aux stands, Piquet se mettait dans le mur… © DPPI

On est dans le 13e tour du Grand Prix et étrangement, l’Espagnol effectue son arrêt aux puits. Alors qu’il est dans la voie des stands, son coéquipier Nelson Piquet Jr se sort tout seul en fracassant le mur à sa gauche. Cela provoque l’entrée en piste de la voiture de sécurité, et surtout la fermeture de la voie des stands… dans laquelle se trouve déjà Alonso ! Une aubaine pour l’Espagnol ! La suite est une cascade d’éléments favorables : l’incongruité de la situation poussait Felipe Massa à arracher son tuyau de ravitaillement dans la panique et à repartir de derrière. Robert Kubica et Nico Rosberg étaient eux pénalisés pour être rentrés dans la voie des stands alors que cette dernière était fermée. Bref, comme par magie, Alonso se retrouvait en tête du Grand Prix, et offrait à Renault un premier succès depuis le Japon en 2006, grâce à la maladresse de son coéquipier brésilien.

Enfin, une maladresse… il faut pourtant être très habile pour réussir à sortir de la piste et à fracasser sa monoplace contre un mur de façon volontaire ! L’année d’après, alors qu’il était sur la sellette et qu’il venait d’apprendre son limogeage imminent au profit de Romain Grosjean, Piquet se rendait à la FIA au lendemain du Grand Prix de Hongrie, et décidait de sortir de son silence quant à l’épisode de Singapour. « Flavio Briatore et Pat Symonds m'ont convoqué dans le bureau de M. Briatore (alors directeur de l'équipe), dit-il. M. Symonds (alors directeur technique), en présence de M. Briatore, m'a demandé si je serais prêt à sacrifier ma course pour l'équipe en provoquant une voiture de sécurité. »

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Première victoire pour Renault à Singapour depuis le Japon deux ans plus tôt… ©

Piquet acceptait selon lui sous pression : « Au moment de cette conversation, j'étais dans un état d'esprit très fragile provoqué par un stress intense dû au fait que Flavio Briatore avait refusé de me dire si mon contrat serait renouvelé ou non pour la saison 2009, comme c'est habituellement le cas au milieu de l'année. » Il va même plus loin en précisant que Symonds, l’ingénieur, lui avait montré où et comment provoquer son accident. Quand la presse s’empare de l’affaire, c’en est terminé pour les principaux protagonistes.

Après une étude interne, Renault comprend la véracité de l’affaire puis décide de remercier Flavio Briatore et Pat Symonds, lesquels écopent d’abord d’un bannissement à vie, avant que la peine ne soit réduite suite à des menaces de procès. Le charismatique italien ne retrouvera jamais la lumière, quand Symonds parvenait à revenir par la petite porte chez Williams en 2014. Le losange comprend alors que son image va trop pâtir de cette affaire peu reluisante et décide alors de revendre ses parts à un investisseur, en l’occurence Genii Capital, le consortium dirigée entre autres par Gerard Lopez. Avant de finalement racheter l’écurie au Luxembourgeois en 2015, dans laquelle décidait d’ailleurs de revenir un certain… Fernando Alonso en 2021, quand l’écurie changeait de nom pour s’appeler Alpine.

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